Tags: Cuisine, Direct, Musiques
09 Feb 2009 par radiolab
Ami(e)s aux papilles gourmandes de mets raffinés, la trêve des confiseurs a été propice à la confection d’une toute nouvelle recette qui saura ravir les bouches les plus farouches. Portant le savoureux nom de D.R.U.G.S, cette Diffusion Radiophonique d’Utopies Gustatives et Sonores ne manquera pas de vous ouvrir l’appétit. Mais en attendant la réouverture du restaurant le lundi 19 janvier entre 21 H et 22 H, le chef vous propose une mise en bouche littéraire…
Podcast: Download (Duration: 53:02 — 48.6MB)
Ingrédients :
→ Chanvre indien appelé bangie en Inde, teriaki en Afrique, madjound en Algérie et plus communément désigné sous le nom de cannabis.
→ Quelques gouttes d’opium
→ Une pincée de chaque élément de la famille des « – ines » : mescaline, kétamine, cocaïne, héroïne, amphétamines …
Outils de cuisine :
Pour réussir cette recette, il faut que vous soyez équipés d’un bon fouet « Baudelaire » et d’une grosse louche de « Michaux ». Leurs expériences et observations qu’ils ont mit par écrit apportent en effet à l’apprenti marmiton de précieuses informations indispensables à une dégustation optimale.
Préparation façon Charles Baudelaire :
« Parmi les drogues les plus propres à créer ce que je nomme l’Idéal artificiel, laissant de côté les liqueurs, qui poussent vite à la fureur matérielle et terrassent la force spirituelle […], les deux plus énergiques substances, celles dont l’emploi est le plus commode et le plus sous la main, sont le haschisch et l’opium. L’analyse des effets mystérieux et des jouissances morbides que peuvent engendrer ces drogues, des châtiments inévitables qui résultent de leur usage prolongé, et enfin de l’immoralité même impliquée dans cette poursuite d’un faux idéal, constitue le sujet de cette [recette] [1]».
Préparation façon Henri Michaux :
« [Cette recette] est une exploration. Par les mots, les signes, les dessins. La Mescaline est l’explorée. […] Celui qui, comme [assiette – témoin], prendra du Haschich après la Mescaline quitte une auto de course pour un poney ».
Expériences gustatives [en attendant les expériences sonores] :
« Je reviens au développement régulier de l’ivresse. Après cette première phase de gaieté enfantine, il y a comme un apaisement momentané. Mais de nouveaux événements s’annoncent bientôt par une sensation de fraîcheur aux extrémités (qui peut même devenir un froid intense chez quelques individus) et une grande faiblesse dans tous les membres ; vous avez alors des mains de beurre, et, dans votre tête, dans tout votre être, vous sentez une stupeur et une stupéfaction embarrassantes. Vos yeux s’agrandissent ; ils sont comme tirés dans tous les sens par une extase implacable ». (Baudelaire à propos du haschisch)
« Au plus fort de son action la Mescaline apporte des images aveuglantes ou cernées par la foudre, des tranchées de feu, ainsi que des hommes lointains ou lilliputiennement petits, animés d’un mouvement rapide, plus proche de celui des pistons d’un moteur que d’aucun geste d’homme.[…] Elle (la Mesc.) fait des images si exactement dépouillés de la bonne fourrure de la sensation, et si uniquement visuelles qu’elles sont le marchepied du mental pur, de l’abstrait et de la démonstration. Aussi est-elle l’ennemie de la poésie, de la méditation, et surtout du mystère ». (Michaux à propos de la Mescaline)
Épilogue culinaire :
Après avoir bien mélangé tous les ingrédients matériels et immatériels, réels et intellectuels, il faut bien laisser reposer la pâte, la laisser fermenter pour pouvoir correctement la digérer.
Le menu D.R.U.G.S ne s’arrête pas là, les zoreilles ne demeurent pas en reste ! Pour cela il vous faudra être à l’écoute de Radio Grenouille lundi 19 janvier de 21H à 22H.
Cooking books :
→ MICHAUX Henri, Misérable miracle, Gallimard, France, 1992.
→ BAUDELAIRE Charles, Les Paradis artificiels dans Œuvres complètes, Seuil, Paris, 1968.
Chloé Rondeleux (commis en cuisine)
[1] Le chef-cuistô s’est permis quelques modifications de son cru.